Au milieu du conflit dans le golfe Persique, le marché pétrolier connaît d’importantes fluctuations. L’économie fait face à des risques en matière d’approvisionnement et de logistique, ainsi qu’à des tensions géopolitiques susceptibles d’avoir un impact considérable sur les prix. Examinons ce qui se passe sur le marché du pétrole et ce que cela signifie.
Le 2 mars 2026, les prix du pétrole ont brusquement grimpé. Les cours du Brent ont atteint 82,37 $ le baril, soit 13 % de plus que la veille. Peu après, les prix ont légèrement corrigé et se sont stabilisés autour de 78–79 $ le baril (une hausse de 7–8 %). Le prix du WTI a lui aussi augmenté de 12 %, pour atteindre 75,33 $ le baril, avant de se stabiliser dans une fourchette de 71–72 $ (+7 %).
La principale raison de ces fluctuations réside dans les inquiétudes concernant l’approvisionnement en pétrole. La situation géopolitique dans la région, conjuguée aux attaques contre les pétroliers et aux menaces de blocage des voies maritimes, oblige les investisseurs à réévaluer leurs risques, ce qui entraîne une hausse des prix.
Le détroit d’Ormuz reste une artère cruciale pour le commerce mondial de pétrole. Environ 20 % du pétrole mondial y transitent, ainsi qu’une part importante du gaz liquéfié. Toute menace visant ce passage a un impact immédiat sur les prix du pétrole.
Les récentes attaques contre des pétroliers dans cette zone ont déjà endommagé au moins trois navires et causé la mort d’un marin. Par ailleurs, 150 navires sont actuellement bloqués à l’entrée du détroit, craignant de le franchir.
En réaction à ces menaces, les assureurs ont commencé à limiter la couverture des navires opérant dans cette zone, ce qui complique davantage le transport maritime. Certains pétroliers à destination du Japon restent désormais dans le golfe Persique afin d’éviter ces eaux dangereuses.
Suite à la dégradation de la situation dans le golfe Persique, les assureurs maritimes ont annulé les couvertures contre les risques de guerre pour les navires transitant dans les eaux iraniennes et les zones adjacentes. Cette décision entrera en vigueur le 5 mars 2026.
Ces changements ont aussitôt affecté le coût de la livraison du pétrole. Par exemple, les prix du fret pour le transport de pétrole du golfe Persique vers l’Asie ont été multipliés par trois depuis le début de l’année. Le coût d’affrètement des grands pétroliers atteint désormais 12 millions de dollars par voyage, son plus haut niveau depuis 2020. Tout cela est lié aux risques d’attaques et à la hausse des coûts d’assurance.
L’instabilité géopolitique pèse également sur les capacités de production de pétrole. Ainsi, l’Arabie saoudite a suspendu les opérations de l’une de ses plus grandes raffineries, Ras Tanura, à la suite d’une attaque de drone. Cette raffinerie traitait 550 000 barils de pétrole par jour.
Par ailleurs, les livraisons de pétrole depuis le Kurdistan irakien ont été interrompues. Le flux de pétrole par l’oléoduc vers la Turquie a été stoppé, soit l’équivalent de 200 000 barils par jour. En outre, les autorités israéliennes ont demandé à Chevron de suspendre la production sur le gisement gazier Leviathan, ce qui accentue encore la pression sur le marché de l’énergie.
Récemment, les pays de l’OPEC+ ont convenu d’une légère augmentation de la production de pétrole, de 206 000 barils par jour à partir d’avril 2026. Il s’agit d’une hausse très modeste, qui représente moins de 0,2 % de la production mondiale.
Cependant, malgré cet accord, accroître physiquement la production pourrait s’avérer difficile. En raison des risques liés au transport maritime et à l’assurance, les pays de l’OPEC+ ne pourront pas acheminer rapidement des volumes supplémentaires de pétrole sur le marché. De plus, l’Arabie saoudite a déjà augmenté sa production de 500 000 barils par jour ces dernières semaines pour répondre aux inquiétudes concernant d’éventuelles perturbations de l’offre.
Ce ne sont pas seulement le pétrole brut, mais aussi les produits pétroliers, comme le kérosène et le diesel, qui se trouvent en situation de pénurie. En Asie, les prix de ces produits ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs années. Les primes sur le kérosène s’élèvent désormais à 4 $ le baril, tandis que celles sur le diesel atteignent 4,25 $ le baril.
La principale cause de cette pénurie est la menace de perturbations des approvisionnements via Ormuz, ainsi que la hausse de la demande européenne pour les livraisons en provenance d’Asie. Il est important de noter que 40 % du kérosène expédié vers l’Europe transitent par Ormuz, ce qui accentue la pression sur ces flux.
S&P Global Platts, l’une des principales sociétés d’évaluation des prix du pétrole, a suspendu l’acceptation des demandes servant de base à la fixation des prix du pétrole et des produits pétroliers en raison des risques de livraison via Ormuz. Toutefois, malgré cela, l’entreprise continuera de publier des estimations fondées sur d’autres données de marché.
Bien que l’attention du marché soit actuellement focalisée sur l’instabilité mondiale, il convient de noter que les stocks de pétrole aux États-Unis ont augmenté de 16 millions de barils la semaine dernière pour atteindre 435,8 millions de barils. Cela pourrait influencer les prix, mais la situation géopolitique actuelle relègue ce facteur au second plan.
Les analystes de grandes sociétés financières, telles que Citi et Goldman Sachs, s’attendent à ce que les prix du pétrole restent élevés. Dans les prochaines semaines, le Brent pourrait évoluer entre 80 et 90 $ le baril si la situation géopolitique ne s’apaise pas. Si les perturbations de l’offre de pétrole se prolongent, les prix pourraient même dépasser 100 $ le baril, comme l’ont averti les analystes de Wood Mackenzie.
La situation actuelle sur le marché pétrolier demeure extrêmement instable. Les attaques contre les pétroliers, les difficultés d’approvisionnement via Ormuz, la hausse des coûts d’assurance et de fret — tous ces facteurs contribuent à la progression des prix du pétrole brut et des produits pétroliers. À court terme, il sera essentiel de suivre de près l’évolution de la situation dans le golfe Persique et les réactions des grands pays producteurs de pétrole, tels que l’Arabie saoudite et l’Iran.
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